C’est bien
parce que je me suis blessé lors d’un randori avec un ami que je me décide à
écrire sur le sujet, peut-être qu’inconsciemment, je cherche à m’éduquer avant
tout (!)
…
En judo, il
existe deux grands principes fondamentaux que tout judoka se doit
d’endosser :
·
Seiryoku Zenyo, c’est l’utilisation
optimale de l’énergie
·
Jita Kyoei, c’est le bien-être et la
prospérité mutuelle
Seiryoku Zenyo
Tout d’abord,
définissons ce qu’est « Seiryoku
Zenyo ». Selon l’Institut du Kodokan, il s’agit de l’utilisation
optimale de l’énergie; un principe qui s’applique autant au niveau physique,
que mental et même au niveau spirituel, en judo, comme dans toutes sphères de
la vie.
Au niveau
physique, en judo, il s’agit d’un cas de figure théorique plutôt simple :
ne gaspille pas ton énergie inutilement, apprend à bien respirer, reste
calme dans la tempête du combat, etc.
Bien qu’en pratique ce n’est pas toujours évident à appliquer, il reste que le
principe réduit au maximum, est simple voire simpliste : Efficacité
maximale [du mouvement]. L’ensemble des techniques enseignées, jusque dans
leurs détails, reposent sur ce concept.
Au niveau
psychologique, Seiryoku-Zenyo se
traduit par l’état d’esprit du judoka, c’est être dans le moment présent et
utiliser toute sa concentration, son énergie mentale, à s’améliorer et à vivre
son judo, ici et maintenant. Bien qu’il soit facile de se laisser distraire, il
faut savoir se couper des tracas du quotidien et s’accorder le respect que l’on
mérite en restant concentré sur les tâches en cours. Il ne suffit pas de se
présenter au dojo, il faut également savoir y être mentalement; de corps comme
d’esprit.
Jita Kyoei
Le principe de Jita Kyoei, quant à lui, se traduit
simplement par un bienfait mutuel. C’est un principe d’harmonie mais aussi
surtout de coopération selon lequel un judoka se doit, dans la pratique, agir
dans son intérêt, mais également dans celui de son partenaire. Sans partenaire,
il est évident qu’on ne peut apprendre le judo, le partenaire doit donc
devenir, aux yeux du judoka, plus important que lui-même.
Si notre
première préoccupation, avant même celle d’une exécution technique parfaite,
est le bien-être de notre partenaire, ce dernier le ressent et c’est seulement
à ce moment qu’un lien de confiance s’établit et permet une pratique honnête et
complète avec le partenaire.
Lorsqu’on
enseigne une technique à des débutants, une des premières choses à
dire lors de l’exécution technique (et à répéter sans cesse d’ailleurs) c’est
de retenir le bras de son partenaire afin d’amortir sa chute. De la même façon,
lorsqu’une technique comme Tai otoshi
est enseignée, on explique qu’une forme peut facilement blesser le genou de Uke alors qu’une autre le protège et
c’est cette dernière qui est enseignée. Le but d’une technique parfaite n’est
pas de blesser notre partenaire, mais de le préserver pour ainsi pouvoir
recommencer.
Et le randori dans tout ça ?
Pour commencer,
en judo, par définition, un randori devrait toujours être souple.
Malheureusement, il arrive bien souvent que l’ego prend le dessus et transforme
un randori en shiai, un combat de compétition, ou l’énergie est utilisée pour
vaincre et non pour s’améliorer. Cette façon de faire va à l’encontre des
principes de Seiryoku-Zenyo et Jita Kyoei : non seulement est-ce
une mauvaise utilisation du temps et de l’énergie de chacun, mais en plus, ni
l’un ni l’autre en tire un réel profit.
Un randori c’est
un échange improvisé de mouvements en souplesse, ce n’est pas un combat.
Évidemment, cela ne veut pas dire que Uke
doit tomber sur chacune des tentatives de Tori,
mais plutôt qu’il doit accepter, sans émettre une grande résistance, la
projection si celle-ci a été faite de façon efficace.
Il existe
plusieurs autres formes de randori et chacune apporte son lot d’apprentissage.
Par exemple, les Yakusoku geiko, chez
nous, sont des combats chorégraphiés, dans la mesure où chaque participant
attaque à tour de rôle, sans défense. C’est une excellente occasion de
parfaire, entre autre, nos déséquilibres. Les règles d’engagements peuvent
varier légèrement et dans certains cas, l’entraineur demande à l’un ou l’autre
des participants d’appliquer un pourcentage de résistance plus ou moins grand,
ou encore de bloquer systématiquement afin de pratiquer les contre-attaques ou
les enchainements et ainsi de suite. Toutefois, la règle commune reste la même;
un randori n’est pas un combat de compétition, il n’y a ni vainqueur, ni
perdant et laisser notre ego nous entrainer vers ce type d’affrontements
augmente le risque de blessure et surtout diminue la qualité de la pratique et
la confiance mutuelle entre les participants puisque les principes de Jita kyoei s’effacent pour laisser place
à l’ego, au désir de vaincre.
Lors du temps
alloué aux randoris, il est impératif que chacun ait l’occasion de travailler
avec des gens de tous les niveaux.
- Avec un Uke lui étant inférieur, c’est l’occasion de développer de nouvelles stratégies ou pratiquer des techniques moins bien maitrisées.
- Avec un Uke de niveau équivalent, c’est l’occasion de pratiquer un judo constructif où l'on enchaine ses meilleures attaques et contre-attaques sans crainte de perdre et sans tenter de vaincre.
- Avec un Uke de niveau supérieur, c’est le moment d’attaquer sans relâche, avec tout son cœur et plusieurs fois de suite. C’est une perte de temps pour l’un comme pour l’autre d’entrer dans un esprit de compétition lors d’un tel randori. Un Uke plus expérimenté de qualité n’est pas intéressé à projeter Tori à répétition, il cherchera plutôt à guider Tori lors de ses attaques, par de bons conseils après l’exercice.
Quelques points
à garder en tête lors d’un randori :
- Il n’y a ni gagnant, ni perdant
- Chacun doit apprendre et tirer son profit du randori
- Il faut garder les bras souples, sans être mou
- C’est l’occasion de compléter chaque technique jusqu’au bout et d’enchainer les techniques sans crainte
- C’est le moment de pratiquer sa respiration et d’apprendre à rester calme
- C’est aussi le moment d’améliorer sa posture : coude collés, jambes séparées, non croisées, la plante des pieds solidement ancrée, le dos droit sans reculer les fesses
- C’est l’opportunité d’accentuer, d’exagérer les déséquilibres
- C’est le temps d’agir, le temps de penser et d’analyser viendra après
En conclusion,
un randori, c’est avant tout un travail coopératif où chacun des participants
doit tirer profit que ce soit en attaquant ou en tentant de reconnaitre une
attaque réelle et efficace d’une attaque sans conviction, le tout dans un
esprit d’entraide et de façon souple, de corps, comme d’esprit.
What is « Seiryoku-Zenyo » ? Kodokan Judo Institute
What is « Jita Kyoei » ? Kodokan Judo Institute
Judo International : Voice of Japan. Gotaro Ogawa
A young french judoka talks about his experience in
Japan. Eric Hubert
The Way of Seiryoku Zenyo–Jita Kyoei in Judo. Shinichi Oimatsu (Kodokan)