Je suis maintenant très
fraichement gradé Shodan (yeah!) et je voulais mettre par écrit mes impressions
sur le sujet. Je me demande depuis mon réveil, au lendemain de mon examen, ce
que ça change, ce que ça signifie maintenant, d’être une ceinture noire, un
shodan ?!
Quand j’étais plus jeune, je m’imaginais tout plein de
scénarios… Une ceinture noire, c’est une véritable arme vivante, un maitre
incontesté du combat et des arts martiaux; j’ai même cru pendant un temps que
si un jour je devais être arrêté par un policier, qu’il faudrait que je déclare
mon grade comme si j’étais armé en tout temps, parce qu’après tout, une
ceinture noire devrait être en mesure de garder le contrôle d’un combat en tout
temps et dans toutes circonstances, non ?
Pouvoir, connaissance, contrôle, technique,
responsabilité, attentes, enseignement… Au tout début, après l’avoir reçu, c’est
ce qui me venait en tête; c’était un accomplissement auquel je rêvais depuis
plusieurs années. Pourtant, quelques minutes seulement après avoir serré la
main des trois juges me félicitant, le dos en sueurs et les jambes molles, on
me rappelait que ce n’était qu’un début, qu’une étape dans mon cheminement
martial qui en vérité ne faisait que commencer. Qu’il me fallait persévérer
puisqu’en vérité, ce grade ne signifiait seulement que j’étais enfin prêt; que
je maitrisais suffisamment les bases de mon art pour commencer à réellement
apprendre ce qu’il signifiait, à en comprendre les subtilités. J’y crois
maintenant… Lors de ma pratique, on m’a répété dans la dernière année que je
comprendrais enfin ce qu’est le Judo et c’est partiellement vrai. J’ai compris
et assimilé plus de détails dans cette dernière année que dans les quelques 15
années précédentes de pratique, pourtant je réalise aussi cruellement que je
peine à exécuter correctement des mouvements que mon ego croyait avoir maitrisés
depuis longtemps. Un peu plus humble qu’avant, je me critique parfois durement
sur l’exécution de mes techniques, réalisant à quel point il me reste du
travail à accomplir pour les maitriser; le travail d’une vie entière…
D’un point de vue tout à fait pragmatique,
c’est une aussi nouvelle ceinture toute neuve à « casser », à adopter,
mais aussi une ceinture flambant neuve et de bonne qualité pour tenir mon gi
fermé. Ça va faire du bien parce que ma marron était sur le point de déchirer
après ses nombreuses années de vie… Après tout, une ceinture, ce n’est qu’un
bout de tissu qui sert à tenir mon gi fermé, non ? En théorie oui, j’imagine,
mais en pratique c’est difficile de se séparer de son ego pour se dire que ce
bout de tissu n’a aucune valeur sinon celle que je lui accorde.
On m’a aussi dit que ça signifiait
simplement que j’étais maintenant capable d’attacher ma ceinture comme il faut
et que je savais comment me comporter adéquatement sur les tatamis. J’imagine
que quelque part, c’est flatteur et en même temps, cette phrase-là comporte un
bon niveau d’éducation, de sagesse; une façon détournée de me rappeler de ne
pas m’enfler la tête et surtout de ne pas oublier que je commence à peine à
saisir les subtilités de mon art. De la même façon, certains diront que je suis
maintenant un étudiant de mon dojo et non un visiteur; j’ai fait ma place, à
moi maintenant de démontrer que je la mérite, de garder l’art vivant par la transmission
de mes acquis.
C’est évident que ça
vient avec un sentiment de fierté et d’accomplissement, mais aussi souvent
parait-il, avec le sentiment de l’imposteur. Ce dernier, je ne l’ai pas
ressenti durant quelques jours, mais je l’attendais quelques semaines plus
tard, aux côtés d’un de mes pairs durant un séminaire de Judo-Jujutsu. Je l’ai
ressenti assez bien ce sentiment durant ce séminaire, alors que les
responsables, siégeant également sur le comité de Judo-Québec, m’octroyaient
mon grade de marron en Judo-Jujutsu et m’invitaient par le fait même, à me
présenter à l’examen de grade Shodan. Outre la surprise et le plaisir de cette
nouvelle, mes pensées ont dérivées sur ma vieille ceinture marron, me demandant
avec un brin de nostalgie, si j’aurais l’occasion de la porter à nouveau.
J’éprouve encore de la
difficulté à m’identifier à mon grade, malgré une pratique continue et les
enseignements en cours privés que je dispense. J’ai
peur des attentes que les autres auront à mon égard, mais également des
attentes que j’éprouve moi-même face à ma pratique. Je ne peux qu’espérer
qu’avec le temps et la présence sur les tatamis, ce sentiment sera amoindri
jusqu’à disparaitre pour n’y voir qu’un bout de tissu; après tout, mes acquis
ne se voient pas à la couleur de ma ceinture, mais à ce que je peux démontrer
et expliquer en pratique non ?





