mercredi 15 mars 2017

Jita Kyoei ou le fondement du randori souple

C’est bien parce que je me suis blessé lors d’un randori avec un ami que je me décide à écrire sur le sujet, peut-être qu’inconsciemment, je cherche à m’éduquer avant tout (!)


En judo, il existe deux grands principes fondamentaux que tout judoka se doit d’endosser :
·         Seiryoku Zenyo, c’est l’utilisation optimale de l’énergie
·         Jita Kyoei, c’est le bien-être et la prospérité mutuelle

Seiryoku Zenyo
Tout d’abord, définissons ce qu’est « Seiryoku Zenyo ». Selon l’Institut du Kodokan, il s’agit de l’utilisation optimale de l’énergie; un principe qui s’applique autant au niveau physique, que mental et même au niveau spirituel, en judo, comme dans toutes sphères de la vie.

Au niveau physique, en judo, il s’agit d’un cas de figure théorique plutôt simple : ne gaspille pas ton énergie inutilement, apprend à bien respirer, reste calme  dans la tempête du combat, etc. Bien qu’en pratique ce n’est pas toujours évident à appliquer, il reste que le principe réduit au maximum, est simple voire simpliste : Efficacité maximale [du mouvement]. L’ensemble des techniques enseignées, jusque dans leurs détails, reposent sur ce concept.

Au niveau psychologique, Seiryoku-Zenyo se traduit par l’état d’esprit du judoka, c’est être dans le moment présent et utiliser toute sa concentration, son énergie mentale, à s’améliorer et à vivre son judo, ici et maintenant. Bien qu’il soit facile de se laisser distraire, il faut savoir se couper des tracas du quotidien et s’accorder le respect que l’on mérite en restant concentré sur les tâches en cours. Il ne suffit pas de se présenter au dojo, il faut également savoir y être mentalement; de corps comme d’esprit.

Jita Kyoei
Le principe de Jita Kyoei, quant à lui, se traduit simplement par un bienfait mutuel. C’est un principe d’harmonie mais aussi surtout de coopération selon lequel un judoka se doit, dans la pratique, agir dans son intérêt, mais également dans celui de son partenaire. Sans partenaire, il est évident qu’on ne peut apprendre le judo, le partenaire doit donc devenir, aux yeux du judoka, plus important que lui-même.

Si notre première préoccupation, avant même celle d’une exécution technique parfaite, est le bien-être de notre partenaire, ce dernier le ressent et c’est seulement à ce moment qu’un lien de confiance s’établit et permet une pratique honnête et complète avec le partenaire.

Lorsqu’on enseigne une technique à des débutants, une des premières choses à dire lors de l’exécution technique (et à répéter sans cesse d’ailleurs) c’est de retenir le bras de son partenaire afin d’amortir sa chute. De la même façon, lorsqu’une technique comme Tai otoshi est enseignée, on explique qu’une forme peut facilement blesser le genou de Uke alors qu’une autre le protège et c’est cette dernière qui est enseignée. Le but d’une technique parfaite n’est pas de blesser notre partenaire, mais de le préserver pour ainsi pouvoir recommencer.

Et le randori dans tout ça ?
Pour commencer, en judo, par définition, un randori devrait toujours être souple. Malheureusement, il arrive bien souvent que l’ego prend le dessus et transforme un randori en shiai, un combat de compétition, ou l’énergie est utilisée pour vaincre et non pour s’améliorer. Cette façon de faire va à l’encontre des principes de Seiryoku-Zenyo et Jita Kyoei : non seulement est-ce une mauvaise utilisation du temps et de l’énergie de chacun, mais en plus, ni l’un ni l’autre en tire un réel profit.

Un randori c’est un échange improvisé de mouvements en souplesse, ce n’est pas un combat. Évidemment, cela ne veut pas dire que Uke doit tomber sur chacune des tentatives de Tori, mais plutôt qu’il doit accepter, sans émettre une grande résistance, la projection si celle-ci a été faite de façon efficace.

Il existe plusieurs autres formes de randori et chacune apporte son lot d’apprentissage. Par exemple, les Yakusoku geiko, chez nous, sont des combats chorégraphiés, dans la mesure où chaque participant attaque à tour de rôle, sans défense. C’est une excellente occasion de parfaire, entre autre, nos déséquilibres. Les règles d’engagements peuvent varier légèrement et dans certains cas, l’entraineur demande à l’un ou l’autre des participants d’appliquer un pourcentage de résistance plus ou moins grand, ou encore de bloquer systématiquement afin de pratiquer les contre-attaques ou les enchainements et ainsi de suite. Toutefois, la règle commune reste la même; un randori n’est pas un combat de compétition, il n’y a ni vainqueur, ni perdant et laisser notre ego nous entrainer vers ce type d’affrontements augmente le risque de blessure et surtout diminue la qualité de la pratique et la confiance mutuelle entre les participants puisque les principes de Jita kyoei s’effacent pour laisser place à l’ego, au désir de vaincre.
Lors du temps alloué aux randoris, il est impératif que chacun ait l’occasion de travailler avec des gens de tous les niveaux.
  • Avec un Uke lui étant inférieur, c’est l’occasion de développer de nouvelles stratégies ou pratiquer des techniques moins bien maitrisées.
  • Avec un Uke de niveau équivalent, c’est l’occasion de pratiquer un judo constructif où l'on enchaine ses meilleures attaques et contre-attaques sans crainte de perdre et sans tenter de vaincre.
  • Avec un Uke de niveau supérieur, c’est le moment d’attaquer sans relâche, avec tout son cœur et plusieurs fois de suite. C’est une perte de temps pour l’un comme pour l’autre d’entrer dans un esprit de compétition lors d’un tel randori. Un Uke plus expérimenté de qualité n’est pas intéressé à projeter Tori à répétition, il cherchera plutôt à guider Tori lors de ses attaques, par de bons conseils après l’exercice.

Quelques points à garder en tête lors d’un randori :

  • Il n’y a ni gagnant, ni perdant
  •  Chacun doit apprendre et tirer son profit du randori
  • Il faut garder les bras souples, sans être mou
  • C’est l’occasion de compléter chaque technique jusqu’au bout et d’enchainer les techniques sans crainte
  • C’est le moment de pratiquer sa respiration et d’apprendre à rester calme
  • C’est aussi le moment d’améliorer sa posture : coude collés, jambes séparées, non croisées, la plante des pieds solidement ancrée, le dos droit sans reculer les fesses
  • C’est l’opportunité d’accentuer, d’exagérer les déséquilibres
  • C’est le temps d’agir, le temps de penser et d’analyser viendra après

En conclusion, un randori, c’est avant tout un travail coopératif où chacun des participants doit tirer profit que ce soit en attaquant ou en tentant de reconnaitre une attaque réelle et efficace d’une attaque sans conviction, le tout dans un esprit d’entraide et de façon souple, de corps, comme d’esprit.

What is « Seiryoku-Zenyo » ? Kodokan Judo Institute

What is « Jita Kyoei » ? Kodokan Judo Institute

Judo International : Voice of Japan. Gotaro Ogawa
A young french judoka talks about his experience in Japan. Eric Hubert

The Way of Seiryoku Zenyo–Jita Kyoei in Judo. Shinichi Oimatsu (Kodokan)

Jita Kyoei ou le fondement du randori souple

C ’est bien parce que je me suis blessé lors d’un randori avec un ami que je me décide à écrire sur le sujet, peut-être qu’inconsciemme...