mercredi 20 juillet 2016

Je suis shodan... D'accord, mais encore ?




Je suis maintenant très fraichement gradé Shodan (yeah!) et je voulais mettre par écrit mes impressions sur le sujet. Je me demande depuis mon réveil, au lendemain de mon examen, ce que ça change, ce que ça signifie maintenant, d’être une ceinture noire, un shodan ?!

Quand j’étais plus jeune, je m’imaginais tout plein de scénarios… Une ceinture noire, c’est une véritable arme vivante, un maitre incontesté du combat et des arts martiaux; j’ai même cru pendant un temps que si un jour je devais être arrêté par un policier, qu’il faudrait que je déclare mon grade comme si j’étais armé en tout temps, parce qu’après tout, une ceinture noire devrait être en mesure de garder le contrôle d’un combat en tout temps et dans toutes circonstances, non ?

Pouvoir, connaissance, contrôle, technique, responsabilité, attentes, enseignement… Au tout début, après l’avoir reçu, c’est ce qui me venait en tête; c’était un accomplissement auquel je rêvais depuis plusieurs années. Pourtant, quelques minutes seulement après avoir serré la main des trois juges me félicitant, le dos en sueurs et les jambes molles, on me rappelait que ce n’était qu’un début, qu’une étape dans mon cheminement martial qui en vérité ne faisait que commencer. Qu’il me fallait persévérer puisqu’en vérité, ce grade ne signifiait seulement que j’étais enfin prêt; que je maitrisais suffisamment les bases de mon art pour commencer à réellement apprendre ce qu’il signifiait, à en comprendre les subtilités. J’y crois maintenant… Lors de ma pratique, on m’a répété dans la dernière année que je comprendrais enfin ce qu’est le Judo et c’est partiellement vrai. J’ai compris et assimilé plus de détails dans cette dernière année que dans les quelques 15 années précédentes de pratique, pourtant je réalise aussi cruellement que je peine à exécuter correctement des mouvements que mon ego croyait avoir maitrisés depuis longtemps. Un peu plus humble qu’avant, je me critique parfois durement sur l’exécution de mes techniques, réalisant à quel point il me reste du travail à accomplir pour les maitriser; le travail d’une vie entière…

D’un point de vue tout à fait pragmatique, c’est une aussi nouvelle ceinture toute neuve à « casser », à adopter, mais aussi une ceinture flambant neuve et de bonne qualité pour tenir mon gi fermé. Ça va faire du bien parce que ma marron était sur le point de déchirer après ses nombreuses années de vie… Après tout, une ceinture, ce n’est qu’un bout de tissu qui sert à tenir mon gi fermé, non ? En théorie oui, j’imagine, mais en pratique c’est difficile de se séparer de son ego pour se dire que ce bout de tissu n’a aucune valeur sinon celle que je lui accorde.

On m’a aussi dit que ça signifiait simplement que j’étais maintenant capable d’attacher ma ceinture comme il faut et que je savais comment me comporter adéquatement sur les tatamis. J’imagine que quelque part, c’est flatteur et en même temps, cette phrase-là comporte un bon niveau d’éducation, de sagesse; une façon détournée de me rappeler de ne pas m’enfler la tête et surtout de ne pas oublier que je commence à peine à saisir les subtilités de mon art. De la même façon, certains diront que je suis maintenant un étudiant de mon dojo et non un visiteur; j’ai fait ma place, à moi maintenant de démontrer que je la mérite, de garder l’art vivant par la transmission de mes acquis.

C’est évident que ça vient avec un sentiment de fierté et d’accomplissement, mais aussi souvent parait-il, avec le sentiment de l’imposteur. Ce dernier, je ne l’ai pas ressenti durant quelques jours, mais je l’attendais quelques semaines plus tard, aux côtés d’un de mes pairs durant un séminaire de Judo-Jujutsu. Je l’ai ressenti assez bien ce sentiment durant ce séminaire, alors que les responsables, siégeant également sur le comité de Judo-Québec, m’octroyaient mon grade de marron en Judo-Jujutsu et m’invitaient par le fait même, à me présenter à l’examen de grade Shodan. Outre la surprise et le plaisir de cette nouvelle, mes pensées ont dérivées sur ma vieille ceinture marron, me demandant avec un brin de nostalgie, si j’aurais l’occasion de la porter à nouveau.

J’éprouve encore de la difficulté à m’identifier à mon grade, malgré une pratique continue et les enseignements en cours privés que je dispense.  J’ai peur des attentes que les autres auront à mon égard, mais également des attentes que j’éprouve moi-même face à ma pratique. Je ne peux qu’espérer qu’avec le temps et la présence sur les tatamis, ce sentiment sera amoindri jusqu’à disparaitre pour n’y voir qu’un bout de tissu; après tout, mes acquis ne se voient pas à la couleur de ma ceinture, mais à ce que je peux démontrer et expliquer en pratique non ?

Jita Kyoei ou le fondement du randori souple

C ’est bien parce que je me suis blessé lors d’un randori avec un ami que je me décide à écrire sur le sujet, peut-être qu’inconsciemme...